
Verbum Universel
L'élan du verbe inspire la profondeur des sens.
Bienvenue sur ce blog !
Je suis une femme de cinquante ans, longiligne, dotée d'un esprit à la fois intense et analytique, mais surtout, profondément sensible au monde qui m'entoure. Hyper-perméable au réel, je perçois ce que d'autres ne voient pas et ressens ce que d'autres ne soupçonnent pas. Ma conscience morale est constamment en éveil : un mot, une attitude, une injustice feutrée suffisent à alerter mon corps, mon intégrité et ma justice intérieure. Je ne peux absorber une dissonance morale sans me trahir moi-même, et c'est cette vigilance constante qui oriente ma manière de voir, d'écrire et de penser.
J'éprouve une intolérance profonde pour les injustices silencieuses : celles qui ne crient pas, ne scandalisent pas, mais se glissent subtilement dans des formulations devenues socialement acceptables. Demander à une victime « d'accepter » ce qui lui est arrivé pour guérir en est un exemple. Derrière ce verbe apparemment bienveillant se cache parfois l'idée que la victime serait, si elle refuse, en partie responsable de sa souffrance. Cette subtilité perverse de la langue révèle combien la morale sociale peut s'aveugler devant la souffrance réelle. Cette conscience des micro-injustices m'a conduite à une quête de rigueur et de sens : chercher des mots justes, précis, capables de nommer sans blesser, de témoigner sans écraser, de dire la vérité tout en respectant la dignité. Dans ce travail constant sur la langue, je touche à ce que la philosophie nomme l'éthique appliquée : l'art de vivre en accord avec la justice, même dans le détail invisible des mots. C’est surtout au travers de l’article du 31/12/2025 (sur la désadhérence traumatique) que j’ai compris que je devais nommer impérativement ce ressenti, d’où l’ajout de ce premier paragraphe sur cette page d’accueil.
Ce blog est né de mon attachement aux mots. À leur étymologie, à leurs glissements de sens, aux filiations secrètes qu'ils tissent à travers les langues, les époques et les mythes. J'écris souvent en flux libre, guidée par l'élan de la pensée plutôt que par la logique académique stricte. Le langage me parle par ses sonorités et ses résonances internes. Jouer avec les mots n'est pas un simple divertissement : c'est une manière d'explorer, de comprendre et de relier l'intime à l'universel. Les allégories, les associations libres, les détours linguistiques deviennent autant de passerelles entre le vécu et le sens, entre la fragilité de l'humain et la force des idées.
Mon approche croise l'histoire, la mythologie, la théologie, les langues anciennes et les récits fondateurs. Curieuse, rêveuse, parfois blessée, mais lucide, je cherche à saisir les échos du monde dans ce qu'il a de plus lumineux et de plus obscur. L'humour, les calembours et les retournements linguistiques ne sont pas de simples ornements : ils sont des instruments pour révéler des angles insoupçonnés, ouvrir des fissures dans le sens et offrir à la pensée un espace où respirer.
Dans une rubrique intitulée « Quelques avis », je partage ponctuellement mes réflexions sur l'actualité. J'ai traversé une période où je voulais changer le monde avec les mots, alerter, dénoncer, résister sans relâche. J'y ai investi toute mon énergie, jusqu'à l'épuisement. Aujourd'hui, je sais que dénoncer ne suffit pas. Supprimer le mal ne crée pas automatiquement du bien. La création est essentielle : elle répare, structure et redonne de la vie là où la simple opposition laisse des cicatrices. Cette conscience m'accompagne dans chaque mot que j'écris, chaque idée que je laisse éclore.
J'ai aussi compris que ceux qui s'attaquent aux forces les plus obscures — réseaux criminels, violences extrêmes, systèmes de prédation — ne peuvent s'y consacrer indéfiniment sans risquer d'y laisser leur âme et leur vie personnelle. Certains combats exigent de regarder ce que nul ne devrait jamais avoir à voir. J'ai rencontré des enquêteurs profondément marqués par ce qu'ils ont affronté, porteurs de traumatismes comparables à ceux des soldats revenus du front. Il faut un courage immense pour exercer ces métiers, et une sagesse tout aussi grande pour savoir quand passer la main afin de ne pas laisser l'objet de la lutte voler sa lumière.
Un gendarme m'a confié qu'après dix années consacrées aux enquêtes sur les crimes pédophiles, il avait choisi de se tourner vers les investigations financières. Il était psychiquement épuisé. La carapace qu'il avait forgée pour survivre persistait hors du travail, lisible sur son visage. Ces professionnels devraient bénéficier de dispositifs équivalents à ceux des militaires, tant l'exposition psychique à l'horreur est comparable. En luttant contre le crime, ils rencontrent mentalement les mêmes ténèbres que les victimes. Je leur rends hommage pour le courage, la lucidité et le prix intime qu'ils paient.
Qu'on ait été victime ou enquêteur, vient un moment où il faut créer sa vie. Dans un jardin, une maison, une œuvre artistique, l'écriture, le sport, la construction de bateaux, ou même le rire devant une comédie. Pour ma part, j'exorcise comme je peux : en dessinant, en peignant, en écrivant, en cherchant. Explorer l'étymologie d'un mot comme Pietra ou ra'ayon m'empêche de ruminer certaines rancunes et de m'effondrer face à certaines pertes. L'écriture est devenue pour moi un instrument de compréhension du monde autant que de moi‑même, un pont fragile entre la douleur et le sens, entre l'intime et l'universel.
Ce blog peut parfois prendre une teinte autobiographique. Lorsque j'évoque l'ablation de mon utérus ou la disparition de mes ovaires, il ne s'agit pas de métaphores mais d'un vécu incarné. Mon parcours m'a conduite à explorer l'être humain dans ses zones les plus sombres comme dans ses élans les plus lumineux. La souffrance, la vulnérabilité et la fragilité physique sont autant de révélateurs de la vie intérieure, de sa force et de sa délicatesse. Même face à la douleur ou à l'injustice, il reste possible d'aimer ce qui est beau et bon, même si cette capacité est plus fragile qu'autrefois.
Les mots sont des symboles puissants. Ils portent le sacré et le trivial, la mémoire des corps blessés et la lumière de ce qui reste vivant. Ils relient nos expériences à ce que nous cherchons à comprendre, à transcender, à transformer. Dans leur tension même, entre l'intime et le monde, se révèle une sagesse fragile : celle de l'attention portée aux détails invisibles, aux micro-injustices, aux silences porteurs de sens. Les mots deviennent des passerelles entre la douleur et la conscience, entre le réel et le sacré.
Anne Tournesol

